lundi 30 janvier 2012

Ressac #6e : Un sacré mouvement !


Le mouvement indigné doit donc remotiver les consciences, titiller les amours-propres, ré-éduquer les âmes militantes. Les faire sortir de 15 ans d'abrutissement télévisuel et de farce politique.
Et pour cela, il ne doit pas effrayer, il doit être avenant, franc, novateur, modéré et infatigable. 
Il doit être pacifique, porteur d'aucun message si ce n'est de celui de la totale croyance en la démocratie et au libre-arbitre
L'homme du 21ème siècle sera pleinement conscient ou ne sera pas. Internet permet cela. Internet est la première pierre du village mondial. Ou la première pierre de la troisième guerre mondiale. A nous de choisir. 
Le mouvement indigné doit responsabilisé les masses, les ouvrir à la chose publique. Il doit réactiver les curiosité. Et pour cela il doit grandir.

Le mouvement indignés français est simplement naissant. C’est un nouveau-née dans le paysage du militantisme français. Ceci la première et primordiale prise de conscience que nous devons tous avoir.

Arrêtons de mentir, de nous mentir, et construisons le monde que nous voulons. Nous en avons les moyens, il ne nous manque plus que la volonté. 



samedi 28 janvier 2012

Tsunami #1 : Mobilisation contre l'ACTA.

ACTA : Accord commercial anti-contrefaçon. Petite vidéo explicative. Ce qu'en pense la Quadrature du Net, une association de défense des libertés sur le web et du principe de neutralité du web.

Du coup, on proteste. A Nantes c'est aujourd'hui place royale à 14h.

Un masque anonymous gratuit pour les patients. Un autre pour les impatients...

Enfin un peu d'action après cette longue hibernation ! Venez  nombreux !


jeudi 26 janvier 2012

Ressac #6d : Un drôle de mouvement

Ce post est la quatrième partie d'un article de cinq parties : 1ere partie, 2eme partie, 3eme partie. Cependant les parties sont assez indépendantes, vous pouvez commencer par celle-ci.


Au delà des difficultés d'organisation et du déficit numérique, le mouvement français souffre d'une "crise existentielle". C'est-à-dire qu'il a surgit de façon spontanée, opportune, sanguine. Sans réflexion préalable, sans but précis, sans cible verrouillée. Il a été l'explosion soudaine du sentiment d'indignation qui commence à atteindre beaucoup de français. Mais être indigné ne suffit pas, bientôt tout le monde le sera. Tout le monde l'est déjà depuis 2008 me dira-t-on même.

La vraie question est : Qu'avons-nous à proposer ? Quelle alternative à ce système mondialisé fou et sans avenir ? Quelles mesures immédiates devons-nous prendre, nous français ?  

Si il est clair que le mouvement des indignés veut aller vers la démocratie directe, veut redonner à la politique son rôle d'échange et d'agora, si il veut réintroduire la notion de consensus dans les prises de décisions, si il veut faire tomber l'oligarchie mondiale de la finance, si il veut transformer la société, Il ne sait pas comment s'y prendre. Que faire ? Sur ce point, les divergences sont énormes. Certes le mouvement des indignés est baigné depuis sa naissance d'un terreau anarchiste (horizontalité, consensus, auto-gestion...) mais à quelle degré de "violence" dans nos idées, dans nos actes et dans nos propositions pouvons-nous oeuvrer ? Certains sont prêts à descendre dans les rues (ils sont très peu nombreux), d'autres voudraient que ça se passe bien mais ne savent pas comment, d'autres, la majorité, croit encore à l'apparition divine un bon roi et se contenterons d'un vote... d'autres encore veulent montrer l'exemple en créant à petite échelle des systèmes alternatifs (Eco-réseaux, Amap, coopératives intégrales, ... ?). Je vais essayer de faire le tour de ces différentes options et vous donnez un aperçu des possibilités, sans manquer de donner mon avis pour chacune d'entre elles. 

Ce que je pense de "croire en la gauche en 2012" ou de "voter a-t-il encore un sens ?"

En France l’espoir d’une alternative, d’une amélioration venant de la gauche trotte dans beaucoup d’esprit abattu. Cela explique une vraie absence, un vrai déficit numérique dans les rangs des indignés.  Les français sont habitués aux promesses d'avenir des candidats, ils aiment la poudre aux yeux, ils aiment les grands discours passionnées, cette excitation de savoir qui va passer au second tour, les sondages vide de sens, le grand spectacle qu'est la campagne présidentielle, etc. Certes après 17 ans de droite, je comprend que certains pense qu'il est temps de changer de bord. Seulement nous, nous cherchons à les rendre acteurs de la vie politique. Pas spectateur d'un bord ou d'un autre, mais acteur. La nuance est de taille.

Beaucoup dans le mouvement prône l'abstention ou le vote blanc. Cela créé des réactions épidermiques très poussées ! On nous clament sur l'Histoire que nos prédécesseurs ont trimés pour obtenir le droit de vote et que d'autres triment encore aujourd'hui pour. Oui, c'est vrai. Nous ne renions pas l'histoire, ni la réalité actuelle. Simplement nous ne nous en contentons pas. Si d'autres pays luttent pour arriver à notre stade d'accomplissement démocratique, que cela ne nous empêche pas de continuer sur ce chemin. L'avènement d'Internet à profondément transformer les sociétés occidentales. Nous sommes les premières générations à expérimenter les possibilités immenses que cette toile virtuelle nous offre. Les acteurs économiques eux, ont compris qu'Internet leur permettait de faire fi des lois et des dirigeants. Les paradis fiscaux ont sont le meilleur exemple. Internet leur à permis de fonctionner à une vitesse que le législation ne peut pas suivre, que le débat politique ne peut pas suivre. Et, contrairement à ce qu'il essaye de faire aujourd'hui, le débat politique ne doit pas tenter d'accélérer à son tour. Face à une telle crise, nous devons prendre le temps d'explorer les possibles, de nous recentrer sur l'humain, de penser un système dans sa globalité. Mais surtout nous devons arriver à un consensus international sur les questions économiques et écologiques.

Pour toutes ces raisons, au jour d'aujourd'hui, le vote n'a plus de sens. Tout comme le clivage gauche/droite de l'assemblée. Aujourd'hui en France, voter est un non-choix. Lisez Badiou, c'est l'acception d'un système vérolé, corrompus et obscur. La gauche se complait dans ses archaïsmes et ses faiblesses internes, cela fait plus de 15 ans que le PS à été incapable de pondre des hommes d'états compétents, autonomes et acerbes vis-à-vis de la majorité. Et voilà 15 ans que l'ensemble des partis "de gauche" ont été incapables de s'entendre pour des divergences ridicules. Rien qu'aujourd'hui, les verts et le PS s'entre-déchirent pour essayer de s'allier, le PS essayant de "droitiser" un maximum son programme pour "rassembler" les français... Le contre-pouvoir qu'est la gauche s'est vendu aux marchés et au capitalisme sauvage. Celui qu'est la presse à été subtilement absorbé. Regardez les unes des grands journaux. Où est le réveil ? Où est l'avenir ? Où sont les perspectives d'avenir ?

Confier notre "souveraineté populaire" à ces deux organismes politique que sont le PS ou l'UMP est vide de sens. Les petits partis, les divergences d'idées, l'assemblée nationale, le tout est ballotté au gré de ces deux entités gangrénées par le pouvoir. Le film "L'exercice de l'Etat" montre bien les relations presque féodales qui régissent le gouvernement. Voilà ce qu'est la politique aujourd'hui en France, un domaine bien défini et bien distinct de l'espace public où les luttes de pouvoirs ont la belle vie, où l'intérêt général est un vieux mouchoir usé, où la population est un bébé capricieux qu'il faut s'avoir calmer, gérer, manipuler. Allons-nous continuer à fermer les yeux ? Allons-nous laisser à ces professionnels de la politique le soin de jeter l'Etat et la démocratie dans la gueule de cette infecte loi du plus fort de l'ultra-libéralisme ? 


Au delà ce coup de gueule justifié, voter est un non-sens parce que, qu'il soit de gauche ou de droite, notre président n'a pas la main sur les marchés, sur la finance. Notre président ne peux pas gérer à lui seul, ni avec Angela Merkel, ni avec Barack Obama, la crise économique. Elle est mondiale, il lui faut des lois et des solutions mondiales. Les pays émergents, plus que la City, ne veulent pas de règles, la Chine, le Brésil, l'Inde exerce leurs droits, rattrape leur retard de la façon la plus banale qui soit. Seulement leur poids démographique (et donc économique) va mettre la planète en danger. Seul un consensus international, pour ne pas dire mondial, dans la conscience que la planète ne tiendra pas un développement "à l'Occidentale" des autres pays du monde, peut nous sauver d'un désastre écologique et d'une guerre mondiale de la faim. 


Alarmiste ? Eschatologique ? Non, je ne vois pas mon discours de la sorte. J'ai l'intime conviction que nous pouvons arriver à une forme de consensus. Nous, les peuples occidentaux, pas les dirigeants actuels si retardés et impuissants, pouvons par simple prise de conscience faire l'effort de montrer l'exemple. Que ce soit en matière de démocratie, qu'en matière d'écologie. C'est-à-nous de se "serrer la ceinture". Mais pas dans le sens de s'attendre à un moins bon salaire ou une moins bonne retraite, mais dans le sens d'apprendre à consommer autrement, vivre autrement, vivre mieux. Vivre moins ? Oui sûrement, les gâchis sont considérables. Les systèmes de productions ne sont pas du tout adaptés. Les produits vendus ne sont pas fait pour durer. Les logiques de marketing sont orientés dans le but du "toujours plus" ou du "toujours nouveau" (ce qui revient au même). Lorsque que vous achetez un Iphone (3, 4 ?), vous êtes inconsciemment préparés à acheter la prochaine version. Plus légère ? Plus puissante ? Plus ? Plus ? Le cas typique de l'équipement informatique s'applique à tous les autres produits, je ne vous parle même pas de l'industrie textile...

Prenons du recul par rapport à cela. Acceptons de reconnaître la folie destructrice de système. Mais au lieu de paniquer, de s'en alarmer, ou de l'ignorer (ce que beaucoup font jusqu'à présent), analysons. Elevons-nous, rassemblons-nous, discutons, réfléchissons. Avançons. Voter, oui mais pour quelque chose de réfléchi, de visionnaire, de mondial.

Alors, contre cet état de fait, il faut faire la révolution ? 

Je dis oui. Mais la faire 2.0. La faire citoyenne et non pas massive et passive. Lancer un pavé sur une vitrine est passif, ce n'est pas une fin en soi, ça soulage mais ça ne résout rien. Que les voitures brûlent et les lacrymo fusent ne change rien si nous ne maîtrisons pas l'après-révolution. Encore faudrait-t-il qu'il y ai des émeutes... la vie à Paris est devenue tellement chère, que l’on y trouve plus que des gens aisés et des touristes. Les classes moyennes sont relégués de plus en plus en périphérie, les populations en difficultés, les habitants des quartiers, des cités, ne connaissent pas ce mouvement qui ne fait pas la une de TF1 et des autres grandes chaînes... Le foyer de mécontentement potentiel énorme que représente Paris et les grandes-villes s'évanouit donc dans le luxe et l'hypocrisie. Et si par malheur la banlieue descendait dans la rue, elle serait facilement utilisée comme bouc émissaire troublant l'ordre public, sénile et paisible de mamie... Nous devons réveiller les âmes bourgeoises en leur démontrant par A+B que nous sommes tous dans le même bateau et que nous courons à notre perte. Court-termisme aveugle oblige.

La recette d'une révolution citoyenne 2.0 est à inventée. Les assemblées permettent de la dessinée petit à petit, au niveau local. Le web soutient le tout, inter-connecte les assemblées, échanges les expériences, fait progresser la cause tout doucement. Les propositions naissent, se structures, se précisent. Bientôt elles s'inscriront dans un grand projet, dans une alternative que l'on pourra nommer. Peut-être bientôt allons-nous voir l'apparition d'une nouvelle idéologique. Voir d'une nouvelle doctrine. Mais contrairement aux précédentes elle aura été pensé collectivement par des personnes de toutes classes sociales. Et non pas pour une société, mais pour l'humanité toute entière. Par et pour, l'humain. Mettons-nous au défi de réussir. C'est toujours mieux que de rester dans l'échec du système actuel. Transcendons la notion de capital, de propriété privé, de pouvoir, recentrons les priorités sur l'humain et non pas sur le dollar. Sur la connaissance et non pas sur le yacht de luxe. Sur la nature et non pas sur le pétrole. 

Je m'envole, je m'envole, mais c'est précisément ce qu'il faut faire. Voir loin, cibler un horizon, puis ramener son regard sur le présent et nous saurons que faire. Croire en l'avenir, au génie humain, à sa raison et à sa créativité. Avoir confiance en l'avenir. D'ici tout est possible, notre champs des possibles n'est plus restreint ou obscurci par le fatalisme ou le pessimisme.

Le Passé, l'Histoire, ne sont pas la pour nous démoraliser ("non, t'as bien vu ça marchait pas", "non, y'a toujours un mec qui prendra le pouvoir", "non, c'est dans la nature de l'homme",  bla bla bla) mais pour nous guider. L'avenir ne se construit avec le Passé mais sur le Passé. Ce sont les bases les fondations. Le Passé nous préviens juste, nous donne une idée de l'équilibre à trouver.

Utopie ? Ça plane pour moi ? Peut-être, mais regardez autour de vous. Il est temps de planer vous pensez pas ?

Optimisme. Confiance. Raison. Pétain, me voilà !

Montrer l'exemple.

C'est très important. L'Occident doit montrer l'exemple. La France doit montrer l'exemple. Mais pour l'instant ce sont des individus isolés qui montrent l'exemple. Qui expérimente, qui vivent autrement, qui développe de nouveaux moyens de paiements, d'échange. C'est primordial. Et j'invite tout ceux qui font partie de ces exemples, de ces idées concrètes, naissantes. A venir me contacter pour m'en parler ! Je suis intéressé ! 

Seulement, mon rôle à moi, dans ce beau mouvement. N'est ni de faire la révolution-pavé-flic-lacrymo, ni de montrer l'exemple amap-sel-squat-auto-gestion, mais de l'étoffer. De lui faire prendre de la hauteur et de la largeur. Je ne suis ni un gros vénèr ni un néo-rural (attention, les néo-vénèr et les gros rural, euh ouais. Je les respectent et je suis sûr qu'ils sont plus efficace que moi), je n'ai ni les tripes pour, ni les compétences pour. J'ai 19 ans et je sors du berceau académique de l'éducation nationale. Je sais pas trop ce que je peux faire, alors j'écris, je cadre, et je crée des liens. Fin bref.

Le référendum d'initiative populaire et l'assemblée constituante.

C'est l'idée à la mode en ce moment. Essayer de se rassembler en assemblée constituante pour définir une nouvelle constitution. Enfin peut-être passer à la VIème République. Voir même exiger que s'en tienne une officielle, tirée au sort, provoqué par un référendum populaire (un truc bizarre qui traînent dans les couloirs de la Constitution actuelle). Je sais pas comment on va y arriver. Mais je sais qu'on va tous à Paris pour le savoir. Pour ça, faudrait qu'on puisse savoir quand. RAAAH on est à la bourre sur le planning.



mercredi 25 janvier 2012

Ressac #6c : Un drôle de mouvement

Cet article est la suite de celui-ci et de celui-là.

III - Virtuel ou réel ? Un délicat équilibre.

Le mouvement indigné français est née sur le web. A la télévision, dans les journaux aussi, mais surtout sur le web. Par propagation, par imitation de ces indignados espagnols, rodés et nombreux ! C'est donc le web qui nous a permis de nous rencontrer, de nous connaître, de nous souder, de nous agrandir, de nous faire connaître, etc.

Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire dans un premier temps, le web ne nous facilite pas la tâche. Il la rend même plus complexe, voir ingérable. Je ne compte plus le nombre de groupes facebook, de pages facebook, de blogs, de sites, de forum, de hashtag twitter, bambuser, de pearltree, wordpress, tumblr, ... en rapport plus ou moins étroit avec les indignés. Ce nombre est multiplié par trois, trois échelles, locale, régionale, nationale voir internationale... La diaspora virtuelle des sites qui font vivre le mouvement des indignés est énorme. Et bien plus grande numériquement que le nombre de mobilisés réel. Cela pose un réel problème et un réel risque. En France, le mouvement se virtualise bien trop, c'est d'ailleurs la preuve de sa "faiblesse" et du manque d'urgence/attentisme qui sévit à l'heure actuelle. 

Pour y remédier, je pars d'une règle de base : dans le virtuel, privilégier le réel. Le changement ne viendra pas du net, nous devrons aller en chair et en os secouer nos représentants, nos concitoyens, balancer quelques pavés si il faut, faire des sittings, des flashmob, des occupations, etc. Faire du DDOS est certe jouissif mais peu efficace si l'action n'est pas beaucoup suivie ou si elle n'attaque pas un site réellement gênant. Les Anonymous font d'ailleurs très bien le travail tout seul de ce côté-là. L'Hacktivisme est quelque chose de bien particulier, ce n'est pas à la portée de tous et cela implique de rentrer rapidement et clairement dans l'illégalité.

Ne reste donc que le travail de diffusion, de relais, et d'information qui incombe à chacun, à son niveau. Si le web offre la possibilité à de nombreux ruraux de suivre nos actions, il ne doit pour autant pas devenir lieu de décision. Ce que beaucoup aimerait voir naître. Mais il n'y aura pas d'assemblée virtuelle, pas de site national des indignés (sauf pour ceux qui veulent se constituer en parti politique, libre à eux...), pas de vitrine officielle du mouvement. Les outils permettant de pratiquer la démocratie dans le virtuel à la façon de 8th Wonderland ne sont pas pour tout de suite, nous devons faire sans pour le moment. Il est primordiale de garder cette multitude de plate-forme locale et proche des gens pour que les nouveaux arrivants prennent le plus rapidement contact avec leurs voisins indignés et fasse connaître la cause dans leur patelin.

Partant de cette conception des choses, le maximum que nous pouvons faire, est une plate-forme d'agrégation des flux RSS de chaque site locaux qui permettent à tous d'avoir en temps réel les dernières publications de chaque groupes locaux (CR, Lettre ouverte, infos sur les actions, urgences, vidéos, etc...). Le deuxième intérêt de cette plate-forme c'est qu'elle affranchit de la question de la "légitimité" ou de la "responsabilité" des webmasters qui la maintienne. Ils ne sont que techniciens et en aucun cas administrateurs. Le projet est en cours d'élaboration et devrait voir le jour avant les élections, du moins je l'espère.



Le deuxième problème virtuel c'est Facebook, cette plaie si géniale, cette grande inconnue du XXIème siècle.

Facebook est un outil génial inventé par un con génial. Zuckerberg l'a inventé dans le but d'alimenter et de transposer la vulgarité et la procrastination à la mode du réel dans le virtuel. Il en a fait un outil de drague, de vide neuronal. Et a permis à tous de se constituer un alter-ego virtuel idéalisé, de se prendre pour une star de télé-réalité ou d'enfin être soi-même. Facebook a répondu à l'attente de 800 millions de personne à travers le monde : un espace vierge dans lequel l'on peut rester en permanence en contact avec des amis (réels ou non). Il mis à mort le mot solitude, ou l'a fait renaître dans une nouvelle forme plus encore plus vicieuse.
Si Facebook est critiquable par de nombreux aspect, il est aussi devenu avec Twitter le pavé de tous les révoltés de la planète, l'arme du printemps arabe, des victimes de Fukushima, des dissidents chinois et de tous les indignés de la planète. C'est un fait, le nier ne sert à rien, il faut donc faire avec. Oui car techniquement Facebook n'est pas fait pour l'activisme et encore moins l'hacktivisme. En plus de suinter partout, de couler dans toutes les bases de données officielles et commerciales douteuses, en plus de vous ficher pour le restant de vos jours, Facebook manque cruellement de fonctionnalités. Ce n'est finalement qu'un agrégateur de Flux RSS mis en pages et bien présentés.

Cela dit, j'en viens au fait : Facebook nous ralentis plus qu'autre choseCertes j'ai pu rencontrer des gens des quatres coins de la France, c'est même grâce au groupe Facebook nantais que j'ai pu entrer en contact avec les indignés de Nantes. Et cela à mener à un camp d'un mois et à une expérience de fou. Seulement, une fois les tentes pliées, Facebook reprend le dessus. Le mouvement se disloque dans le virtuel. Et se disloque dans les divergences de conception, dans les différents tons, dans les humeurs, les ras-le-bol, etc.

Dépenser son énergie à essayer de se structurer dans le virtuel est une perte de temps. Ayant participer à l'élaboration de nombreux groupes Facebook, à l'animation de nombre d'outils communautaires comme les PAD ou les Google Docs et étant gestionnaire de nombreux groupes, je me rend compte que tout ceci ne vaut pas une bonne rencontre ou une bonne AG. Le virtuel crée de la distance entre les gens. Dès qu'un nerf saute, un quiproquo surgit et ralentit ou condamne les discussions en cours...


Toujours garder à l'esprit : privilégier le réel au virtuel.


Le réel c'est dur le matin.

mardi 24 janvier 2012

Ressac #6b : Un drôle de mouvement


Cet article est la suite de celui-ci.


II - Une fausse bonne idée : les camps auto-gérés en centre-ville.

L'idée d'occuper l'espace publique en y installant un camp a bien marché en Espagne, du coup, en France on s'est dit qu'on pouvait faire la même chose. Surtout que des camps s'installaient dans presque toutes les grandes métropoles du monde. Seulement un camp demande beaucoup d'énergie et de bras pour naître, mais encore plus pour rester en vie. Petite historique des problèmes rencontrés en France, et à Nantes.

Il faut malheureusement commencer par la répression policière immédiate et exagérée qu'on subit la majorité des indignés français. A la Défense, des bataillons entier de CRS ont été mobilisés pour les empêcher de monter un camp digne de ce nom : tentes confisqués avec force, oeuvres en carton balayées, vivres piétinées, arrestations sans motif, brutalisation, insultes, lacrymo... Sans tente, réchaud, carton, etc, dur de camper en pleine ville, toute l'énergie des rares campeurs a donc été mobilisée pour... ne pas crever de froid.
Mais plus grave, ces répressions ont surtout intimidés tous les indignés potentiels, c'est-à-dire ceux qui se tâtent, qui "veulent faire quelque chose parce que y en a marre" mais qui ne sont encore qu'à moitié prêt à coucher dehors à l'arrivée de l'hiver. La démonstration de force ou les cordons de CRS ont découragés ou empêchés les nouveaux indignés de faire grossir les rangs de cette occupation pacifique. Dévastatrice donc, la répression policière. Et illégale dans la plupart des cas... sans parler de cette chose lointaine qu'est la démocratie.

Dans le cas où un camp arrive plus ou moins à s'installer (peu ou pas de préparation, de matériel, peur de la répression, ...), comme à Nantes, d'autres problèmes surgissent.
Fatiguées par l'énergie que demande la tenue d'un camp sauvage en plein centre-ville, les personnes présentes s'énervent, s'impatientes et... se divisent, bloquées sur leurs postures car l’urgence n’est pas encore dans la majorité des esprits. 
Pour le moment, les idées prennent le dessus sur la solidarité et le besoin de se serrer les coudes. Les personnes se regardent encore avec un certain mépris, dans le souci de trouver dans ce mouvement des gens du même l'horizon que le leur. Prendre conscience que le mouvement indignés rassemble tous les âges et toutes les classes sociales fût dur pour nous tous. Nous ne sommes plus habitué à cohabiter, les difficultés que nous avons rencontrés en interne montre bien l'état dégradé du "vivre-ensemble" et des liens sociaux bafoué par 10 ans de course à l'individualisme et d'hédonisme.

Nous avions tous ce qu'il faut, à part des nouveaux indignés ou des gens curieux.
A Nantes, cas particulier car nous avons pu installer un campement dans la durée, l'expérience est malgré tout mitigée : nous nous sommes installés sous pression des forces de l'ordre sur une place qui n'en est pas une, la fréquence de passage à Hotel Dieu est dérisoire par rapport à la Place du Peuple (feu place royale) où nous nous étions premièrement installés. Nous n'avons donc pas pu sensibiliser grand monde, les étudiants de la fac de médecine nous regardaient comme des bêtes de foire, ils étaient inconnus du mouvement et ignorant de la crise actuelle, mais c'est normal, ils avaient faim. Leur estomac d'abord. Se placer devant le restaurant universitaire, mauvaise idée. A part les étudiants du CROUS nous avions les skater : "Moi tu vois, j'en ai rien à battre de la politique mais là vous faites chier à prendre toute la place tu vois, les BMX y peuvent plus rien faire vous prenez le recul tu vois...".Vous prenez le recul... Exactement. Ahahah, ce mec était excellent, il avait l'air super sympa, tout gentil mais grave embêté "tu vois", pouvait pas skater le pauvre. Bref, wrong place + wrong time = déception et inefficacité.

A ce problème de skaters s'ajoutait celui des squatters. La misère ne nous avait pas attendu pour occuper la rue. Ses ravages sont venues toquer à la porte. Nous avons hébergé une bonne quinzaine de sdf, de gens de la rue, de clodo ainsi que leurs  fardeaux (alcool, drogue, énervement, violence, odeur, chien, etc). Il fallait s'y attendre. 
Sauf que, comme nous étions si peu à la base, lucide, motivé, nous avons été happé dans la gestion de ces "cas désespérés". Ou pas. La vérité vraie, et cela m'aura valu la mort d'un préjugé, les "clodos" sont des gens très sympas, gentil et utile. C'est nous qui avons biaisé notre regard envers eux en premier, c'est nous qui les avons marginalisés, c'est nous qui ne nous en sommes pas occupés, qui ne les avons pas aidé.

Pardonnez-moi de m'enflammer mais le problème des sdf a pris de telle proportions dans le camp que je pense qu'il est important de faire le point. On nous a rapidement reproché d'être un camp de sdf, un camp qui "craint un peu", mais attendez, les gens de la rue sont des gens comme vous et moi. Dont la simple erreur est de s'être retrouvé au chômage et de ne pas avoir su en sortir, pour diverses raisons (dépression, problème psychologiques, addictions, etc.). Pouvons nous les blâmer comme nous le faisons ? Comme, nous, la société, les traitons ? Comme de vulgaire pestiférés. Tous les moyens sont bons pour les exclure de notre champ de vision. L'épuration des centre-villes est l'aveux d'une hypocrisie et d'une psychose envers les sans-abris qui m'est insoutenable. A quoi cela rime-t-il de leur donner 1€ tous les trois mois quand le coeur nous en dit ? Quelle ineptie est-ce que d'accepter ça ? 

Ce camp aura au moins fait la lumière sur une priorité : remettre en place des structures correctes d'accueil, d'aide et de réinsertion pour les sans-abris. A ma connaissance, pas un seul assistant social ou service social ne s'est pointé. Seulement quelque tentes quechua du DALEn à peine une semaine, un grand nombre d'entre-eux se sont fait au rythme du camp et ont pris leurs responsabilités, ont gérés les nouveaux arrivants et ont fait tourné la machine. Il suffit d'un sourire. Ces gens ne demandent qu'un sourire.

Les hauts et les bas du moral se répercutent sur l'aspect du camp.
Malgré tout, les camps figent l'action et l'énergie dans leur gestion. Chacun dans sa fatigue et son énervement se met à accuser son voisin, à débattre sur les légitimité de chacun, etc. Le boulot - à savoir la sensibilisation, l'occupation symbolique d'un espace publique avec des messages forts, la création d'un espace de débat avec des idées nouvelles qui en émerge - n'a pratiquement pas été réalisé.

A l'avenir nous devons fixer des règles de vie, des dates de naissance et de mort du camps, des commissions, des groupes de travails, des heures de rendez-vous pour les AGP et diffuser bien mieux à l'avance pour récupérer plus d'énergie dès le départ. Ou plus simplement privilégier des actions rapides, directe et percutante. Mais je ne crois pas en un défilé morne qui est aussi passif que de mettre un papier dans une urne. Ni en trois graffitis sur une banque. 
Je pense que les camps peuvent vivre, mais seulement si leur fonctionnement est préalablement défini et transparent. 

lundi 19 décembre 2011

Ressac #6a : Un drôle de mouvement


Le campement des indignés nantais à côté du skate park d'Hotel Dieu, il aura tenu un bon mois sous la pluie et le froid

En France, le mouvement des indignés est en difficulté. 

C'est-à-dire qu'il se heurte à une population insensible, qu'il ne réunit pas assez de monde. Seulement des néophytes comme moi ou des militants antédiluviens dont la patience a atteint ses limites ou encore un nombre impressionnant d'illuminés, de sectaires, de râleurs et de mécontents... C'est gênant.
Disons qu'entre le jeune bobo fraichement au fait des énormes aberrations actuelles, mignon et naïf, et le militant anarcho-gaucho-coco-anti-capitalo-nucleo-décroissant-post-hippie-en-lutte qui voudrait (à juste titre) tout casser, il n'y a plus beaucoup de place pour l'efficacité, l'énergie, la créativité ... et le changement.

En plus de cette absence d'indignés, modérés dans les idées mais pratique et motivé, en plus de cette absence d'indignation de masse tout court il y a Internet, Facebook et tout le reste : les gens y sont si vulgaires. Si irrespectueux. A croire qu'ils oublient sur qui porte leur indignation. Ils se "lâchent" dans leurs écrit, se jaugent, se perdent dans des débats de postures plus que de fond, en vienne à la parano envers tout nouvel arrivant ou tout commentaire déplacé, etc.

Après avoir passé un mois sur un camp en plein centre-ville de Nantes et des heures carrées sur le web à essayer de faire vivre le mouvement, à le structurer, à rencontrer des gens, à se coordonner, ... je constate beaucoup de points noirs, beaucoup de problèmes externes et internes qui vienne se greffer sur l'objectif que ce mouvement s'est fixé. Avec cet article, je voudrais tenter d'analyser ce mouvement en restant centré sur la France et essayer de lui dessiner un avenir. Je n'en doute pas, le mouvement des indignés n'est que l'embryon d'une contestation qui va grandir très vite. Mais pour cela, il ne faut pas partir sur de mauvaises bases.

Une Assemblée Populaire, entre 100 et 20 personnes selon les jours, le temps et l'heure.

I - "Pourquoi le mouvement des indignés de prend pas d’ampleur en France ?"

L'absence d'indigné en nombre important dans chaque ville ne permet pas la construction d'actions importantes, retentissantes et entendues. Les camps permettent de remédier un peu à cela : en occupant physiquement un espace publique important nous sommes visibles 24h/24H, même en étant peu nombreux. Mais les camps comportent de nombreux problèmes de gestion souvent liés au manque de militant. Voyons d'abord pourquoi nous n'avons été qu'une petite cinquantaine d'indigné à Nantes, et aussi peu dans le reste de la France.

Ce mouvement n’est pas connu de la masse. Il n’a pas de couverture médiatique correcte en France. Il n'est fait allusion dans les médias de masse (presque) que de Occupy Wall Street et de la Puerta Del Sol. Sur Nantes, notre action a été soumise au travail désastreux de Presse Océan qui l'a présenté comme un mouvement "anarchiste-décroissant" - certes il y a beaucoup d'anarchiste décroissant, mais le mouvement n'est pas anarchiste décroissant, il est indigné et rien d'autre - ou "au plus petit article possible" dans Ouest France. Il y a ce problème insupportable de la presse française : le souci d'interpeller sans choquer, ou de choquer pour réussir à vendre, à attirer l'attention avec du vide.

Nous n'avons pas réussi à rassembler assez de jeunes et de gens des classes moyennes, pas forcément "politisés" ou "engagés". Mais seulement des déjà militants habitués et au courant des différentes "luttes" ou quelques jeunes rageux ou idéalistes (coucou c'est moi). Les jeunes sont et restent dégoûtés de la politique ou pas intéressés (manque d’éveil et d’éducation, complexité, sérieux, appareil médiatico-consumériste volontairement distrayant, bref).

Et puis, les gens ne cherchent pas le mouvement indignés, parce qu’il n’en n’ont pas encore besoin. La faim, la colère sont encore sourde et muette. Les français sont bassinés dans le bain de la fatalité de la crise, dans la peur de l’implosion de l’Europe et premièrement de l’euro. Le replis sur soi est présent partout, les démagogues et les extrémistes se banalisent, sont entendus face à l’incompétence de la gauche et des contre-pouvoirs, face à cette droite toute dans la rigueur et le discours fataliste pour cacher l’échec cuisant d’une politique ultra-libérale désastreuse dont les conséquences se font simplement sentir bien plus tôt que prévu.

Mais surtout le pays est en période électorale, les gens attendent les élections, comme à leur habitude. Ils attendent les différentes promesses des candidats. Ils attendent les envolées lyriques et passionnées d'un Hollande du changement, voir les phrases toutes faites et les "Yaka faux con" d'une Le Pen qui est la digne fille de son père, ne l'oublions pas. Ils n'attendent finalement pas grand chose j'ai l'impression, ils se tâtent, regardent, spectate, parce que leur estomac le leur permet encore. Parce qu'ils ont été habitué à ce rythme de participation citoyenne, à cet "activisme" passif.

Enfin, le mouvement ne touche pas à cause de sa forme trop intrusive dans un climat de déprime et de confort gris : camper par 15° et se geler les miches à essayer d'indigner mamie qui va faire le marché VERSUS aller-retour d'une demie-heure maxi dans le bureau de vote le plus proche, choix entre deux bout de papier, urne, signature, au lit. On sait qui gagne. Pour l'instant.

Suite en deuxième partie.

jeudi 10 novembre 2011

Ressac #5 : Saisir le marasme actuel.

Pierre Rosenvallon et Florent Guénard. Article paru dans Le Monde du 10/11/11.

Vers un nouveau «vivre - ensemble».

La crise financière et économique avive un sentiment d’injustice que l’explosion des inégalités avait déjà créé. Elle fournit aussi à la société une occasion de repenser la cohésion sociale.

         Un spectre hante l’Europe en cet automne : celui de l’effondrement grec. Moment économique et politique d’accélération de l’histoire qui met radicalement à l’épreuve le sens du projet commun et oblige, au bord du précipice, dans l’urgence, à faire des choix décisifs. Mais moment révélateur aussi, on le souligne moins, des formes d’implosion auxquelles aboutit une société minée par les inégalités, la fuite devant l’impôt des plus nantis, l’incivisme et le règne d’une défiance généralisée. Nous n’en sommes certes pas encore là dans l’Hexagone, mais bien des symptômes montrent que le mal est peut-être déjà silencieusement à l’oeuvre et que les événements pourraient aussi se précipiter ici si un choc économique majeur venait frapper une France incapable de refaire société.
         Refaire société, c’est en effet bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Encore faut-il faire le bon diagnostic pour définir les conditions de la grande transformation à accomplir.Tout le monde ou presque semble convaincu que deux maux essentiels sont à conjuguer : celui de l’explosion par le haut des inégalités d’une part et celui du triomphe d’un individualisme dissolvant
de l’autre, les deux faces du «néolibéralisme», dira-t-on en résumé.
         Les faits sont là. Il ne suffit cependant pas d’en appeler à une indispensable révolution fiscale et d’invoquer la nécessité de retrouver un sens plus républicain du collectif pour sortir de l’état actuel des choses. Car derrière les multiples formes d’inégalités scandaleuses, il y a en effet aussi la crise
del’idée d’égalité et le culte de la méritocratie qui s’est imposé comme nouvelle idéologie dominante. Derrière les formes ouvertes ou rampantes de sécessions et de séparatismes, il y a le déclin de la confiance et l’effritement de la démocratie-société. Derrière le recul de la solidarité, il y a la sourde délégitimation de l’impôt et du principe redistributif. Et derrière l’individualisme, il y a, à l’inverse, la recherche d’une existence personnelle enrichie et libérée. Ce sont ces réalités qu’il faut prendre à bras-le-corps si l’on veut aller loin dans les réformes.
         Dominent aujourd’hui deux passions, à la fois opposées et symétriques, qui menacent la cohésion sociale : chez quelques uns, l’illusion de s’être faits eux-mêmes et de ne rien devoir aux autres, qui conduit à
un détachement à l’égard des obligations et des appartenances collectives ; pour le plus grand nombre, le ressentiment à l’égard d’une société qui semble ne pas leur offrir les moyens (ressources matérielles, mais aussi capital social et appartenances collectives) de construire leur existence.
         Afin de remédier à ce qui menace la cohésion sociale, on ne peut donc se contenter ni de rappeler les valeurs qui doivent nous guider, ni de penser qu’il suffit de réactiver les principes historiquement fondateurs de la solidarité pour retrouver une société plus égalitaire. Les défis du monde contemporain exigent bien davantage, puisqu’il s’agit désormais de se demander comment des individus qui aspirent à être responsables et autonomes dans un monde qui ne
cesse de valoriser l’initiative peuvent faire société ; comment des femmes et des hommes qui entendent se libérer des traditions et souhaitent décider de leurs appartenances collectives peuvent encore se lier dans un même espace social ; comment des êtres qui aspirent à voir leur singularité reconnue peuvent constituer à nouveau un corps commun.
         La réflexion qui doit se déployer à partir de telles exigences comporte au moins deux grandes directions. Elle doit d’abord s’attacher à redéfinir les rapports entre l’individu et la collectivité. La vision néolibérale se cantonne dans l’idéologie en opposant mécaniquement l’Etat social et l’émancipation de l’individu. Car, comme l’a montré Robert Castel, il n’est pas de véritable individu sans supports. C’est bien, en effet, parce que l’Etat offre à ses citoyens des protections et des garanties, qu’il leur permet de développer leurs capacités, qu’ils peuvent devenir authentiquement des individus, capables de décider de leur histoire personnelle et de construire leur propre trajectoire. Les promesses de l’âge contemporain ne pourront ainsi être tenues que si l’action publique s’attache à développer les moyens d’action qui permettent aux uns et aux autres de répondre aux mutations du monde économique et social.
         Mais c’est également, et c’est la deuxième direction, la manière dont ces individus peuvent faire société qu’il faut repenser. C’est, au premier chef, la façon de vivre en égaux, clé de la mise en place d’un monde commun, qu’il faut reconsidérer. Ce qui suppose d’envisager autrement l’idée d’égalité, puisqu’elle doit désormais tenir compte de nos singularités et de notre désir de les faire reconnaître. Ce qui suppose également de s’interroger sur les moyens de la mettre en oeuvre, puisqu’il faut bien constater que l’Etat-providence traditionnel doit être redéfini pour être plus efficace. Une société des individus n’existera que si l’on s’attache à en repenser la signification et les fondements.
         C’est ce à quoi veulent inviter les débats qui auront lieu pendant trois jours à la MC2 de Grenoble. Structurés autour de problèmes qui traversent nos sociétés et qui dessinent les enjeux de la réflexion politique actuelle, ils associent des chercheurs, des artistes, des acteurs du monde social. Trois formes de paroles s’y feront entendre. Celles qui décrivent les peurs qui agitent aujourd’hui nos sociétés : peur du déclassement, du multiculturalisme, du religieux, mais aussi peur des changements climatiques, de l’épidémie, de la technologie. L’âge contemporain est anxiogène et la peur défait les relations. Refaire société suppose que l’on comprenne les ressorts de nos frilosités et de nos replis. Si des peurs ainsi se manifestent, des désirs se font également entendre : désir de justice, de reconnaissance, de représentation, de protection, mais aussi d’engagement et de culture. Ces désirs sont autant d’expressions, plus ou moins claires, d’une volonté d’être ensemble et de reconstruire les liens ébranlés par la crise économique et par les nombreuses incertitudes qu’elle soulève. Ils attestent que si les relations s’affaiblissent aujourd’hui, l’envie de faire société reste vivante. Ces aspirations, des voix les manifestent : syndicats, associations, organisations, et plus spécifiquement peut-être les nouvelles sociabilités que constituent les réseaux, les nouvelles formes d’intervention qu’Internet rend possible, les nouvelles formes de militantisme qui participent au mouvement social – et ce que le roman, le théâtre, le cinéma, parviennent à représenter.
         S’il importe de saisir toutes ces dimensions, c’est parce que nous ne referons société qu’à partir d’une réflexion commune sur ce qui nous divise et ce qui nous réunit. Encore faut-il que cette réflexion puisse s’appuyer sur un savoir au plus près des mutations sociales et des passions collectives – un savoir qui puisse écarter les modèles passés pour inventer la société à venir.

Pierre Rosenvallon et Florent Guénard. Article paru dans Le Monde du 10/11/11.